mar 29 juin 2004
Record de l'Atlantique Nord : MacArthur échoue de peu
29 06 2004
Le beau temps est décidément l'ennemi du marin... Alors que depuis dimanche, Ellen MacArthur donnait tout pour combler son retard sur les temps de passage de Laurent Bourgnon, le vent a soudainement décidé de s'éteindre à petit feu, freinant Castorama à quelques milles de la ligne d'arrivée au Cap Lizard, finalement franchie dans la nuit de lundi à mardi, à 3h59.
Autant dire que pour la jeune Anglaise, la pilule était dure à avaler, elle qui, après avoir compté 24 heures de retard sur Bourgnon à mi-parcours n'accusait plus qu'une demi-heure lundi matin. "C'est triste, déclarait-elle sitôt la ligne franchie. J'ai tellement donné sur cette tentative de record. Si je pense à toutes les fois où j'aurais pu gagner quelques minutes, aux fois où j'ai fait des petites erreurs, c'est très frustrant."
Pour sa première traversée en solitaire sur son nouveau Castorama, mis à l'eau en décembre dernier, Ellen MacArthur tentait toutefois de trouver matière à se consoler: "J'ai appris beaucoup sur moi-même et sur le bateau. Je n'avais jamais imaginé être capable de le pousser si loin. Et puis je n'avais jamais repoussé mes propres limites à ce point, même peut-être sur le Vendée Globe. Depuis New York, je ne crois pas avoir dormi plus de 12 heures au total..."
Un demi-tour du monde dans les coques
La jeune Anglaise avait pourtant bien caché son jeu. En s'élançant dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 juin à l'assaut du record de Laurent Bourgnon, Ellen MacArthur avait pris tout le monde de court. A peine douze heures plus tôt, un communiqué de son équipe annonçait en effet que la jeune Anglaise, après avoir vainement attendu une fenêtre météo favorable, avait décidé de rentrer en Europe en convoyage. La lauréate de la Transat anglaise 2000 déclarait même: "Après les efforts considérables et le temps consacré à ce projet, quitter les États-Unis sans avoir pu tenter le record, c'est vraiment difficile."
La déception avait été visiblement si forte que cette météo, jugée insuffisante quelques heures plus tôt, avait finalement été mise à profit pour un départ immédiat sur Castorama, spécialement conçu pour s'attaquer à toute une série de chronos de référence en solitaire. Baptisé en janvier à Sydney, ce trimaran de 75 pieds (22,90 m) dessiné par Nigel Irens et Benoît Cabaret avait déjà un demi-tour du monde dans les coques (d'abord en équipage réduit sur le trajet Sydney-Auckland-Falklands puis en solitaire sur le tronçon Falklands-New York), avant de s'attaquer à cette première transatlantique.

"Je ne sais pas comment je souris encore"
Après trois jours de mer, la partie était loin d'être gagnée: la navigatrice anglaise, durement secouée et contrainte de s'éloigner de la route directe pour contourner une dépression, comptait presque 24 heures de retard sur le temps de passage du skipper de Primagaz. Mais peu à peu, progressant aux allures portantes, Castorama grappillait son retard, non sans procurer à sa capitaine de route nombre frayeurs: "Un peu peur de casser quelque chose, expliquait-elle vendredi, j'ai eu froid toute la nuit, mais surtout inquiète pour Castorama. Si je veux avoir une chance de battre le record, il faut pousser les limites, donc je pousse les limites !"
Et ses limites, la jeune Anglaise va vraiment les atteindre, puisque de 22 heures, son retard sur Laurent Bourgnon, passera en deux jours à moins de 3 heures, le tout au prix d'efforts insensés. Dimanche, MacArthur confiait ainsi être allée au bout d'elle-même: "J'essaie d'être raisonnable, de rester calme à tout moment, parce que je suis vraiment crevée, je ne sais pas comment je souris encore. Je suis à bout, j'ai dépassé mes limites, j'essaie juste de rester du bon côté de la barrière pour me sentir prête pour la suite."
La suite, c'était don ce sprint final qui la voyait finalement échouer pour 75 minutes. Y avait-il moyen de pousser davantage le bateau et de battre le record ? "Je n'aurais pas pu pousser le bateau plus fort, ça c'est sûr, répondait Ellen MacArthur. Au final, ce sont les Dieux du Vent qui ont pris le contrôle, pas moi. Il y a deux jours, je pensais que c'était terminé, mais nous sommes revenus dans le jeu. J'ai commencé à croire que nous allions y arriver, mais il semble que ce n'était pas pour cette fois". Ce n'est en effet sans doute que partie remise pour MacArthur et Castorama qui, pour son son coup d'essai, a montré un potentiel prometteur...
