mer 7 jan 2004

Tour du monde en solitaire : A l'approche du cap Horn...

07 01 2004
© F. Joyon / DPPI"A l'approche du cap Horn, il faut casser du matériel, c'est la tradition", s'amuse Francis alors que dehors, on entend distinctement les déferlantes frapper le flanc du trimaran IDEC... Au-devant de la dépression qui le talonnait avant-hier, le skipper est néanmoins aux prises avec des vents de 40 noeuds et quelques soucis sur le pont... "Mais il n'y a rien de vraiment grave, et ça ne m'atteint pas le moral", conclut le navigateur.

Hier en fin de journée, après avoir enfin pu empanner pour faire route directe sur le Horn, Francis bataillait ferme à la barre contre de violents grains, lors desquels le vent grimpait volontiers à plus de 45 noeuds. "A un moment c'est arrivé si vite que je n'ai pas eu le temps de rouler le Solent, et l'émerillon de l'enrouleur a cassé. La voile est passée à l'eau, et faisait ancre flottante". Il a donc fallu arrêter le bateau, se battre 4 heures durant pour hisser l'énorme toile sur le pont, tâchant d'éviter qu'elle fasse trop de dégâts... "J'ai fini par la saucissonner proprement, mais les filières et le balcon en ont pris un coup", raconte le skipper. "C'était une journée à faire 500 milles, mais avec cet arrêt, je n'ai pu avancer que de 350 - bon, mais c'est déjà pas mal". Après cet intense effort, Francis est parti se coucher alors qu'IDEC filait en pleine baston, sous grand-voile à 3 ris et tourmentin : "le pilote se débrouille très bien, je suis en totale confiance, ce qui me permet de me reposer sereinement". C'est appréciable, surtout lorsque l'on sait que certains réveils peuvent s'avérer pénibles.

Prémices du "cap dur"


"Au petit matin une déferlante s'est écrasée sur le bateau, et il y a peut-être 50 litres d'eau qui sont entrés dans la cabine, donc j'ai tout de suite pensé qu'il y avait une fissure sur le pont. En fait, c'était simplement une tubulure qui vide le trop-plein des gamelles de winches qui s'était rompue, et donc l'eau du pont se vidait directement à l'intérieur, c'était un peu surprenant". Comme nous l'expliquait Francis lors d'une communication hachée (en raison des conditions météo difficiles), "à un moment, c'était Verdun là-haut, mais bon, il faut bien payer un tribut au Horn, et je suis content d'en être si proche aujourd'hui". D'ici une dizaine d'heures, le vent devrait mollir à 25 / 30 noeuds, et devenir plus stable en direction - pour l'heure, il prend brusquement 30° sans prévenir sous les grains, ce qui n'arrange pas l'état de la mer... "La grosse dépression qui me courait derrière est toujours à bonne distance, mais la petite dans laquelle je me trouve actuellement est plus creuse que prévue, voilà pourquoi j'ai ces grosses conditions... mais c'est bientôt fini, ça ne va qu'aller mieux".

© F. Joyon / DPPI

Séance couture en vue


L'enrouleur étant désormais hors d'usage, Francis pense adapter son Solent pour pouvoir le hisser à nouveau : "après avoir cousu des morceaux de bouts, je pourrai le hisser sur le tube de l'enrouleur comme s'il s'agissait d'un étai classique... à la différence près que ça coulissera moins bien, car le tube a un diamètre important. Mais le principal c'est que je pourrai utiliser le Solent, qui m'est bien utile au travers et au près".

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